Alimentation saine et risque de démence : ce que montre une étude suédoise même en cas de risque accru

Rayon de fruits et légumes frais dans un supermarché

Chez près de 1 900 adultes suédois suivis pendant plusieurs années, une alimentation au potentiel inflammatoire le plus faible reste associée à un risque de démence réduit, jusqu’à 30 % de risque relatif en moins. Ce bénéfice se maintient même chez les personnes qui présentaient déjà, au moment de l’étude, des biomarqueurs sanguins signalant un risque biologique accru de la maladie d’Alzheimer. C’est le résultat d’une étude publiée en 2026 dans la revue JAMA Network Open par une équipe du Karolinska Institutet, en Suède.

Ce résultat nuance un réflexe fréquent en prévention du vieillissement : une fois qu’un risque biologique est déjà mesurable, ajuster son alimentation ou son mode de vie ne changerait plus grand-chose. Le même type de constat existe sur d’autres terrains, comme l’activité physique après un diagnostic d’ostéoporose : un facteur de risque déjà présent n’annule pas le bénéfice d’agir sur les habitudes de vie. Dans l’étude suédoise, c’est la qualité globale de l’alimentation qui est en cause, pas un aliment ou un nutriment isolé.

L’étude suédoise, en bref

L’équipe, dirigée par Davide Liborio Vetrano au Karolinska Institutet, a suivi 1 865 adultes de 60 ans et plus, sans démence au départ, recrutés dans la région de Stockholm. Le suivi a duré en moyenne un peu plus de huit ans, certains participants ayant été suivis jusqu’à seize ans, avec plusieurs évaluations alimentaires répétées au fil du temps plutôt qu’une mesure unique en début d’étude. Au total, 240 participants ont développé une démence au cours du suivi, dont 125 diagnostics correspondant spécifiquement à une démence liée à la maladie d’Alzheimer.

Les chercheurs ont croisé ces données avec trois biomarqueurs mesurés dans le sang : une forme de la protéine tau (p-tau217), dont l’accumulation est l’une des signatures biologiques de la maladie d’Alzheimer, ainsi que deux marqueurs plus généraux de souffrance du système nerveux, l’un lié aux lésions des neurones, l’autre à l’activation des cellules qui les soutiennent et les protègent. La méthode complète et les résultats détaillés sont publiés dans JAMA Network Open, et résumés par le communiqué du Karolinska Institutet.

L’intérêt de ces biomarqueurs sanguins tient à leur capacité à signaler des changements biologiques avant même l’apparition de symptômes cognitifs repérables. Jusqu’ici, on ne savait pas bien si des facteurs de mode de vie comme l’alimentation gardaient un effet une fois ces changements biologiques déjà mesurables dans le sang, ou si la fenêtre d’action se refermait à ce stade. C’est précisément la question à laquelle cette étude cherche à répondre.

Panier de légumes frais : tomates, poivrons, salade et betteraves
Une alimentation riche en légumes, fruits et céréales complètes fait partie des régimes à faible potentiel inflammatoire étudiés.

Qu’est-ce qu’un régime à faible potentiel inflammatoire ?

Les chercheurs ont mesuré la qualité de l’alimentation de trois manières différentes, dont un indice construit spécifiquement autour du potentiel inflammatoire des aliments consommés, à partir de leur lien déjà documenté avec des marqueurs sanguins de l’inflammation comme l’interleukine 6. C’est cet indice qui montre l’association la plus nette avec le risque de démence dans cette étude.

Un régime à faible potentiel inflammatoire privilégie les légumes, les fruits, les céréales complètes, les légumineuses, le thé et le café, et limite la viande rouge, la charcuterie, les céréales raffinées et les boissons sucrées. Cette composition recoupe en grande partie les grands principes du régime méditerranéen, sans s’y résumer strictement : c’est la dimension anti-inflammatoire de l’assiette, plus que l’étiquette « méditerranéen », qui ressort comme le facteur associé au bénéfice observé.

Le point qui change la lecture habituelle : même avec des biomarqueurs déjà présents

Le résultat central de l’étude porte sur les participants qui présentaient déjà, au moment des prélèvements, des niveaux élevés d’au moins un des trois biomarqueurs suivis. Dans ce sous-groupe, une meilleure qualité d’alimentation, en particulier une alimentation moins inflammatoire, restait associée à un risque de démence plus faible, avec une réduction du risque relatif pouvant atteindre 30 %. Autrement dit, un signal biologique déjà mesurable de risque accru n’a pas effacé le lien entre alimentation et risque de démence dans cette cohorte.

Ce lien se maintient chez des personnes qui présentent déjà des marqueurs biologiques précoces liés à la maladie d’Alzheimer, pas seulement chez celles jugées à faible risque au départ. Anja Mrhar, autrice principale de l’étude, souligne l’intérêt de ce résultat pour la prévention chez des personnes qui présentent déjà des signes biologiques de risque accru. Son coauteur Adrián Carballo-Casla situe ce travail dans la perspective d’une nutrition plus individualisée, où différents profils alimentaires pourraient être particulièrement utiles selon les personnes.

Une grand-mère cuisine avec ses petits-enfants dans une cuisine familiale
Cuisiner ensemble, à toutes les générations : un geste quotidien qui reste accessible quel que soit l’âge.

Ce que ces résultats ne disent pas

Cette étude est observationnelle : elle mesure une association statistique entre qualité de l’alimentation et risque de démence, pas une preuve que changer de régime empêche la maladie de survenir. Les auteurs le formulent explicitement : leurs travaux ne permettent pas de démontrer un lien de cause à effet entre l’alimentation et la prévention de la démence.

Plusieurs limites viennent aussi encadrer la portée de ces chiffres. L’alimentation a été évaluée par questionnaires déclaratifs, une méthode qui expose à des erreurs de classement : les participants peuvent sous-estimer ou surestimer certains aliments sans s’en rendre compte. Les participants provenaient tous d’une seule zone urbaine suédoise, avec un niveau d’instruction globalement élevé, ce qui limite la généralisation des résultats à des populations plus diverses, avec d’autres habitudes alimentaires ou un accès différent aux soins. Les biomarqueurs, enfin, ont été mesurés dans le sérum sanguin, dont la disponibilité biologique diffère de celle du plasma ou du liquide céphalorachidien utilisés dans d’autres études sur ces mêmes marqueurs, ce qui complique les comparaisons directes entre travaux.

Une association mesurée sur une cohorte, même suivie pendant seize ans, ne dit pas non plus dans quel sens la relation joue précisément : une alimentation de moins bonne qualité pourrait être à la fois une cause et une conséquence précoce de changements neurologiques encore silencieux. C’est le type de question que seuls des essais contrôlés, plus longs et plus coûteux à mener, pourraient trancher.

Des repères, pas une prescription

Ces résultats ne débouchent sur aucun protocole alimentaire à suivre à la lettre : ils indiquent une direction, cohérente avec ce que d’autres travaux montrent déjà sur la composition de l’assiette au quotidien, par exemple pour un petit-déjeuner équilibré. Ce que l’étude suédoise suggère, à ce stade, tient dans un principe simple : privilégier les légumes, les fruits, les céréales complètes, les légumineuses, et limiter la viande rouge, la charcuterie et les boissons sucrées, sans que cela relève d’une injonction ni d’un objectif chiffré à atteindre.

Une inquiétude sur des troubles de la mémoire, des antécédents familiaux de la maladie d’Alzheimer ou tout changement cognitif ressenti reste du ressort d’un médecin. Seul un professionnel de santé peut évaluer une situation individuelle, poser un diagnostic et orienter, le cas échéant, vers des examens complémentaires.


Crédit photo : Pixabay

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