Scans corps entier (IRM, Prenuvo) : ce que dit vraiment la science

Un patient s'apprête à passer un scanner corps entier, accompagné par un technicien en imagerie médicale

En février 2026, l’actrice Busy Philipps passe un scan corps entier chez Prenuvo sans présenter aucun symptôme. L’examen révèle une masse de 2,6 centimètres sur son lobe frontal, un oligodendrogliome de grade 2, opéré début mars. Ce témoignage, largement relayé puis repris fin août 2026 par la rubrique bien-être du New York Times, illustre l’engouement grandissant de plusieurs célébrités pour ces IRM ou scanners « préventifs » vendus directement aux particuliers : plusieurs milliers de dollars, hors assurance, pour un examen qui promet de détecter tôt un cancer ou une autre maladie chez une personne qui ne se sent pas malade.

La promesse rejoint une logique déjà installée avec les trackers d’activité qui promettent de tout mesurer pour progresser : reprendre en main sa santé grâce à un outil qu’on achète soi-même, sans passer par un médecin. Pour le corps entier, l’outil est une IRM (Prenuvo, sans injection de produit de contraste ni irradiation) ou un scanner CT chez des concurrents, qui balaie la tête aux pieds à la recherche d’anomalies. Chez les radiologues, cette promesse ne fait pourtant pas consensus.

Ce que propose un scan corps entier

Concrètement, l’examen dure environ une heure et balaie le crâne, le thorax, l’abdomen, le bassin et les membres à la recherche d’anomalies : kystes, nodules, calcifications, malformations vasculaires. Il coûte de 1 000 à plus de 2 500 dollars selon les options choisies et n’est remboursé par aucune assurance santé, l’imagerie corps entier n’étant classée comme un acte de dépistage reconnu par aucune autorité sanitaire pour la population générale. Le marché s’est développé au croisement de deux tendances : une culture de la longévité qui valorise le suivi individuel poussé de ses propres données de santé, et une défiance envers un système de soins perçu comme réactif plutôt que préventif. Des témoignages comme celui de Busy Philipps, où le scan détecte une tumeur avant tout symptôme, entretiennent cette demande.

Ce que disent les radiologues depuis 2023

L’American College of Radiology (ACR), la société savante qui regroupe les radiologues nord-américains, a publié le 17 avril 2023 une position toujours en vigueur : elle « ne croit pas qu’il existe suffisamment de preuves pour justifier de recommander un dépistage corps entier chez des patients sans symptôme clinique ». Le communiqué est encore plus net sur le fond : il n’existe pas de preuve documentée que le dépistage corps entier soit rentable ou efficace pour prolonger la vie. L’ACR redoute surtout que l’examen mène à « l’identification de nombreux résultats non spécifiques, qui n’amélioreront pas la santé des patients mais entraîneront des examens complémentaires inutiles ainsi que des dépenses importantes ».

Sa position sur le scanner corps entier, la technique concurrente qui utilise cette fois des rayons X, pointe un risque supplémentaire que l’IRM n’a pas : l’irradiation, cumulée à chaque examen répété. Aucune société savante de radiologie n’a émis à ce jour de recommandation en faveur de ce dépistage pour une personne à risque moyen, sans antécédent familial ni syndrome génétique documenté.

Le mécanisme du surdiagnostic, en chiffres

Le problème que pointe l’ACR a un nom : le surdiagnostic. Une analyse relayée par Fred Hutch et UW Medicine, centre de cancérologie affilié à l’université de Washington, montre que 95 % des patients asymptomatiques présentent au moins une anomalie détectable à l’IRM corps entier, mais que 91 % de ces résultats n’ont aucune pertinence clinique. Le taux de détection d’un cancer réellement présent se situe, lui, autour de 1 à 2 % des personnes scannées.

Le Dr Brian Dontchos, spécialiste en imagerie mammaire à Fred Hutch/UW Medicine, rappelle ce que doit remplir un vrai test de dépistage : « il doit être relativement peu coûteux, relativement accessible et peu invasif […] il doit permettre de détecter un cancer avant qu’il ne soit cliniquement apparent […] et conférer un bénéfice de survie par rapport à une détection clinique classique ». Sur l’espoir qui pousse beaucoup de patients vers ces scans, il est direct : « les gens espèrent parfois que l’examen ne trouvera rien, ce qui serait rassurant. Je le comprends. Mais la recherche suggère que ce n’est pas l’expérience de la plupart des gens. »

Chaque anomalie détectée déclenche potentiellement une cascade d’examens complémentaires : biopsie, imagerie de contrôle, attente des résultats, anxiété, sans gain de survie démontré pour la personne scannée. Les whole-body MRI n’existent d’ailleurs que depuis peu, rappelle le Dr Dontchos, ce qui prive encore les médecins de données à long terme sur leurs bénéfices réels.

Un résultat rassurant peut aussi passer à côté d’un vrai problème

Le surdiagnostic n’est pas le seul risque, et le cas inverse est tout aussi documenté. Sean Clifford, un habitant du New Jersey de 37 ans, passe une IRM corps entier chez Prenuvo : le rapport du radiologue décrit sa vascularisation cérébrale comme normale. Moins d’un an après le scan, il est victime d’un accident vasculaire cérébral massif : il reste aujourd’hui paralysé du côté gauche. Selon la plainte qu’il dépose en septembre 2024, rapportée par le Washington Post et recoupée par plusieurs médias dont futurism.com, l’examen avait en réalité manqué un rétrécissement focal abrupt de 60 % avec irrégularité de l’artère cérébrale moyenne droite au même endroit que l’AVC. Prenuvo affirme prendre « au sérieux » toute allégation ; la procédure suit son cours après qu’un juge a rejeté, en janvier 2026, la demande de l’entreprise de limiter sa responsabilité.

Un médecin explique des résultats d'examen à un patient lors d'une consultation
Un résultat d’imagerie, quel qu’il soit, se discute et s’interprète avec un médecin.

Ce cas ne dit pas que les scans corps entier ne servent jamais à rien. Chez une personne à risque élevé, avec des antécédents familiaux ou un syndrome génétique documenté (une mutation BRCA ou un syndrome de Li-Fraumeni, par exemple), un suivi par imagerie ciblée reste une décision médicale, prise avec un professionnel de santé qui adapte la fréquence et la zone du corps à surveiller. C’est une tout autre situation qu’un examen généraliste acheté sans indication médicale préalable. Le cas Clifford rappelle surtout qu’un résultat « propre » sur un examen non ciblé, lu par un radiologue qui doit couvrir l’ensemble du corps en un temps limité, n’est pas une garantie d’absence de problème.

Le dépistage qui a fait ses preuves reste ciblé

Une vigilance utile sur sa santé passe par des dépistages ciblés et validés : mammographie, coloscopie selon l’âge et le niveau de risque, bilans sanguins orientés par un médecin traitant. Un scan généraliste auto-prescrit ne remplace pas cette logique. C’est la même conclusion que pour les chatbots interrogés sur des questions de santé : plus de données brutes n’égale pas plus de santé, et un outil grand public ne remplace pas un suivi individualisé. Toute question autour d’une douleur, d’un symptôme ou d’un antécédent familial relève d’un échange avec un médecin, seul en mesure d’évaluer si un examen d’imagerie ciblé est justifié.


Crédits photos : Pixabay.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut