Hydratation et sport : combien faut-il boire réellement ?

Coureur faisant une pause pour boire à une fontaine dans un parc, légèrement essoufflé, pris de côté sans poser, lumière naturelle ensoleillée.

Cette question se pose typiquement pendant une sortie de course à pied. Une déshydratation atteignant 2 % du poids corporel suffit à dégrader les performances lors d’un effort aérobie prolongé : c’est un des résultats les plus répliqués dans la recherche sur l’hydratation sportive. Pour un coureur de 70 kg, cela représente 1,4 kg de perte hydrique, soit moins d’une heure d’effort intense par temps chaud. Ce seuil est documenté dans plusieurs revues systématiques, dont une méta-analyse publiée dans *Sports Medicine – Open* en 2017 (McCartney et al., Griffith University), qui a quantifié l’effet de la réhydratation sur les performances de 1,3 à 4,2 % de déshydratation.

Ce que la déshydratation fait aux performances

Au-delà du seuil de 2 %, plusieurs méta-analyses rapportent des baisses de performance sur différents plans : force musculaire, puissance anaérobie et endurance en haute intensité, même si l’ampleur exacte varie selon les études, le type d’effort et les conditions de mesure. La littérature ne converge pas vers un pourcentage unique et il faut se méfier des chiffres trop précis présentés comme universels sur ce point ; sur la réhydratation elle-même, McCartney et al. notent d’ailleurs un bénéfice moins net pour la force et les efforts intermittents. Ces effets s’amplifient avec la chaleur : la méta-analyse de McCartney et al. indique que 82 % de la variation dans l’effet de la réhydratation est attribuable aux différences de température ambiante entre les essais.

Ce qui est moins souvent dit : une déshydratation modérée de 1 à 2 % bénéficie déjà d’une réhydratation, même si les effets sont moins marqués. Le point critique n’est donc pas qu’une déshydratation minime soit sans conséquence : c’est que les effets deviennent clairs et systématiques à partir de 2 % de perte de poids.

L’effet sur les performances cognitives est documenté dans les études mais moins constant que l’effet physique. Certaines études montrent des améliorations de la mémoire et des fonctions psychomotrices après réhydratation, d’autres ne trouvent pas d’effet significatif.

Pourquoi il n’existe pas de règle universelle

La question « combien boire » ne peut pas avoir de réponse unique parce que le débit de sudation varie de 0,5 à 3 litres par heure selon l’intensité de l’effort, la température, l’humidité, la taille corporelle et les caractéristiques individuelles. Un sportif de 90 kg courant à 25°C peut perdre deux à trois fois plus de liquide par heure qu’un autre pratiquant le même sport dans un gymnase tempéré.

Les recommandations générales de type « boire 2 litres d’eau par jour » ne tiennent pas compte de cette variabilité. Le portail Manger Bouger (Programme national nutrition santé) indique que le corps perd normalement 2 à 2,5 litres d’eau par jour, perte que les boissons et l’alimentation (fruits, légumes, soupes) viennent combler, sans donner de chiffre prescriptif fixe, précisément parce que les besoins individuels varient.

Le repère pratique le plus fiable pour les sportifs réguliers : se peser avant et après l’effort. Chaque kilogramme perdu correspond approximativement à un litre de liquide à compenser. Cette méthode individuelle est plus précise que toute règle générale.

Vue de dessus d'une gourde en métal, une balance de cuisine, une serviette de sport et une orange posés naturellement sur une surface en bois, lumière douce du matin.

Avant, pendant, après : ce que les données recommandent

Les pratiques soutenues par les données s’articulent en trois temps.

Avant l’effort, le portail Manger Bouger recommande de ne pas arriver à la séance en état de déshydratation. La soif est un signal tardif : elle indique que la déshydratation est déjà amorcée. Boire régulièrement dans les heures précédant une séance intense est préférable à une grande quantité absorbée juste avant.

Pendant l’effort, la règle générale est de boire par petites gorgées sans attendre la soif pour les efforts de plus de 45 minutes à une heure. Pour des efforts courts et peu intenses, la soif reste un guide suffisant. L’eau seule convient pour la plupart des efforts inférieurs à 60-90 minutes. Au-delà, et particulièrement en conditions chaudes, des boissons contenant des glucides et des électrolytes (sodium notamment) permettent de maintenir à la fois l’hydratation et l’apport énergétique : c’est la position des organismes de médecine sportive.

Une mise en garde importante figure dans la littérature : boire en quantité excessive pendant un effort prolongé, au-delà du taux de sudation, peut induire une hyponatrémie (baisse de sodium dans le sang), une complication sérieuse. Compenser la soif est utile ; boire systématiquement bien au-delà ne l’est pas.

Après l’effort, la réhydratation doit couvrir les pertes hydrique mesurées. La référence habituellement citée dans les guides de médecine du sport est de consommer environ 1,25 à 1,5 fois le volume de poids perdu pour compenser les pertes urinaires supplémentaires liées à la réabsorption.

Ce que la science retient sur la question « combien boire pendant le sport » : il n’y a pas de chiffre unique, mais il y a un seuil clair à ne pas franchir (2 % de perte de poids corporel) et des repères pratiques pour rester en deçà, sans pour autant tomber dans l’excès inverse. Cette question se prolonge naturellement dans le choix de ce que l’on mange au petit-déjeuner qui précède ou qui suit.

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