Publiée fin janvier 2026 dans le Journal of the American Heart Association, une étude menée auprès de plus de 322 000 adultes de la cohorte britannique UK Biobank établit un lien entre chronotype et santé cardiovasculaire : les profils « nettement du soir » présentent une prévalence de mauvaise santé cardiovasculaire globale supérieure de 79 % à celle des profils intermédiaires, et un risque d’infarctus du myocarde ou d’AVC supérieur de 16 % sur un suivi médian de 13,2 ans. Le résultat n’est pas isolé : il a été relayé directement par l’American Heart Association, éditrice de la revue qui a publié l’étude.
Qu’est-ce que le chronotype, au juste ?
Le chronotype désigne la tendance naturelle d’une personne à être plus active tôt le matin ou tard en soirée. Ce n’est pas un trait de caractère ni une question de discipline : c’est une caractéristique biologique mesurable, liée au fonctionnement de l’horloge interne. Dans l’étude UK Biobank, il a été évalué par une question unique dérivée du Morningness-Eveningness Questionnaire, qui classe chaque participant en « nettement du matin », « plutôt du matin », « intermédiaire », « plutôt du soir » ou « nettement du soir ». Ce n’est pas le même outil que le questionnaire de Munich, qui mesure plutôt le point médian du sommeil les jours sans contrainte et sert de référence dans d’autres travaux sur le sujet : la distinction compte, les deux ne mesurant pas exactement la même chose. Le site a déjà détaillé les habitudes qui améliorent concrètement la qualité du sommeil ; le chronotype, lui, est différent par nature, un trait largement fixe et non une habitude à corriger.
Ce que montre l’étude UK Biobank
L’échantillon regroupe 322 777 adultes âgés de 39 à 74 ans, sans maladie cardiovasculaire connue au début du suivi. Environ 8 % des participants se déclaraient « nettement du soir », 24 % « nettement du matin », le reste se situant sur des profils intermédiaires. Sur un suivi médian de 13,2 ans, les chercheurs ont recensé plus de 17 500 événements cardiovasculaires. Après ajustement sur les facteurs sociodémographiques, le travail posté et les antécédents familiaux, le risque d’infarctus ou d’AVC restait supérieur de 16 % chez les profils « nettement du soir » par rapport aux profils intermédiaires. Sur la santé cardiovasculaire globale, mesurée par le score Life’s Essential 8 de l’American Heart Association (alimentation, activité physique, tabac, sommeil, poids, cholestérol, glycémie, tension), les profils du soir affichaient une prévalence de score jugé mauvais (moins de 50 points sur 100) supérieure de 79 % à celle des profils intermédiaires. L’étude est publiée dans le Journal of the American Heart Association ; sa présentation par l’American Heart Association souligne que ces profils vivent souvent un désalignement entre horloge interne et rythmes du quotidien, selon Sina Kianersi, chercheur en médecine du sommeil à l’hôpital Brigham and Women’s et à la Harvard Medical School, qui a dirigé l’étude. À l’inverse, les profils « nettement du matin » n’affichaient pas de surrisque statistiquement net par rapport aux profils intermédiaires une fois les mêmes facteurs pris en compte : être du matin n’apparaît pas comme protecteur en soi, c’est l’écart au profil intermédiaire qui semble compter, et il est nettement plus marqué du côté des couche-tard.
Ce qui explique le lien : des habitudes, pas une fatalité
Les auteurs ont cherché à isoler ce qui, dans cette association statistique, relevait du chronotype lui-même et ce qui relevait d’autres facteurs. Résultat : environ 74 % du lien entre chronotype du soir et risque cardiovasculaire s’explique par le score Life’s Essential 8, donc par des paramètres de mode de vie (alimentation, sommeil, tabac, activité physique) plutôt que par l’horloge biologique en tant que telle. Ce chiffre nuance largement une lecture déterministe du résultat : être « du soir » n’est pas en soi une condamnation. Ce sont les habitudes statistiquement plus fréquentes dans ce profil qui portent l’essentiel du surrisque. Kristen Knutson, chercheuse en médecine du sommeil à l’université Northwestern sollicitée par l’American Heart Association pour commenter l’étude, relève que les profils du soir disposent de leviers concrets pour améliorer leur santé cardiovasculaire, notamment en agissant sur le sommeil et le tabagisme.
Chronotype et décalage social : la distinction qui change tout
Le concept clé pour comprendre ce que l’on peut réellement changer est celui de « décalage social » (social jetlag), formalisé par le chronobiologiste Till Roenneberg et ses collègues dans une étude publiée en 2012 dans Current Biology. Il désigne l’écart entre l’horloge biologique interne et les horaires imposés par le travail, l’école ou la vie sociale, un écart qui se traduit par une dette de sommeil chronique et, selon ces travaux, par une association avec une prise de poids plus marquée. Le chronotype est largement déterminé et peu modifiable, alors que le décalage social entre cette horloge et l’emploi du temps réel laisse, lui, une marge de manœuvre. C’est cette distinction, plus que le chronotype seul, qui oriente les repères pratiques qui suivent.
Des repères pour réduire le décalage social
Aucune des deux études citées ne prétend qu’un profil du soir puisse se transformer en profil du matin sur commande. Les repères documentés dans la littérature sur le décalage social portent sur la régularité, pas sur le changement de nature : exposition à la lumière naturelle tôt le matin, heures de lever et de coucher aussi stables que possible d’un jour à l’autre, y compris le week-end, et réduction de la lumière artificielle en soirée. Ces trois leviers agissent sur la synchronisation de l’horloge interne avec l’alternance jour-nuit, le mécanisme même que le décalage social vient perturber. L’activité physique matinale, même en séance courte, s’inscrit dans les mêmes repères que ceux déjà documentés pour l’activité physique quotidienne, l’un des huit indicateurs du score Life’s Essential 8 associé au surrisque observé dans l’étude UK Biobank. Aucun de ces repères ne constitue un protocole à suivre à la lettre : ce sont des pistes cohérentes avec la littérature sur le décalage social, à adapter selon les contraintes réelles de chacun, notamment professionnelles.

Ce qu’il faut retenir
Le chronotype n’est ni une faiblesse de caractère ni une fatalité absolue : c’est un trait biologique associé à un profil de risque cardiovasculaire différent, et ce lien passe très majoritairement par des facteurs de mode de vie qui restent, eux, actionnables. Ces données décrivent un facteur de risque statistique à l’échelle d’une population, pas un pronostic individuel. Toute personne présentant déjà des facteurs de risque cardiovasculaire (hypertension, antécédents familiaux, diabète) ou des troubles du sommeil marqués doit en parler à son médecin traitant, seul habilité à évaluer une situation individuelle et à proposer, le cas échéant, un suivi adapté.
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