Cela dépend entièrement du type de question posée, et les études récentes le montrent avec des chiffres précis. Une étude de la Harvard Business School mesure une vraie baisse de la solitude chez les personnes qui parlent à un chatbot IA. Une autre, publiée dans le BMJ Open, trouve près d’une réponse sur deux problématique quand la question porte sur la nutrition ou la performance sportive. Une troisième, portant sur près de 54 000 dossiers psychiatriques, signale un risque documenté chez les personnes déjà vulnérables. Ces trois travaux tracent une frontière nette entre les usages qui fonctionnent et ceux qui demandent de la prudence.
Ce que l’IA fait vraiment bien : une solitude mesurée en baisse
Le stress du quotidien et le sentiment de solitude comptent parmi les raisons les plus citées pour ouvrir un chatbot IA en soirée. Ce site propose déjà des repères pour agir sur le stress sans écran, comme la respiration cohérente, une technique simple qui calme le stress. Une partie de ces échanges se fait pourtant avec un compagnon virtuel plutôt qu’avec une personne, et les chercheurs ont commencé à en mesurer l’effet.
Une équipe de la Harvard Business School, menée par Julian De Freitas, a testé cet effet dans cinq expériences contrôlées. Sa conclusion, publiée dans une étude de recherche dédiée : converser avec un compagnon IA réduit le sentiment de solitude au même degré qu’une interaction avec une autre personne, et davantage que des activités comme regarder des vidéos. Fait notable, les personnes qui se sentaient le plus seules au départ sont aussi celles qui en ont le plus profité, un signe que le bénéfice tient à l’attention perçue plutôt qu’à la nouveauté de l’outil.
Cet usage est déjà courant. Dans une enquête menée auprès de 499 adultes américains ayant déjà utilisé un assistant IA et vivant avec un trouble de santé mentale, 48,7 % déclarent s’en servir comme soutien psychologique, selon une étude publiée dans la revue à comité de lecture Practice Innovations. Le chiffre porte sur un échantillon de personnes déjà utilisatrices d’IA, pas sur la population générale, mais il confirme que l’usage dépasse largement l’anecdote.
Nutrition et performance sportive : les domaines où les chatbots se trompent le plus
Le tableau change de nature dès qu’on sort du soutien émotionnel pour entrer dans le factuel. Une étude publiée dans le BMJ Open a testé cinq chatbots grand public (Gemini, ChatGPT, Grok, DeepSeek et Meta AI) sur 250 questions couvrant le cancer, les vaccins, les cellules souches, la nutrition et la performance sportive. Résultat : 49,6 % des réponses ont été jugées problématiques, dont 19,6 % hautement problématiques. La nutrition et la performance athlétique comptent parmi les domaines où les chatbots se trompent le plus, la nutrition étant même, selon l’étude, le domaine le plus problématique de tous, devant la performance sportive et les cellules souches.
Le problème ne se limite pas au contenu de la réponse. Les chatbots testés citent rarement leurs sources correctement : le score médian de complétude des références tombe à 40 %, et sur 250 questions posées, deux seulement ont donné lieu à un refus de répondre faute de certitude. Le réflexe inverse serait pourtant utile sur un terrain que ce site couvre par ailleurs, comme ce qu’il faut vraiment dans l’assiette au petit-déjeuner : mieux vaut une réponse qui reconnaît une incertitude qu’une réponse assurée mais fausse. Les auteurs de l’étude recommandent aux professionnels et aux sportifs de vérifier systématiquement les affirmations et les références produites par un chatbot avant de les suivre.
Un usage intensif produit l’effet inverse
La baisse de solitude mesurée par la Harvard Business School ne se vérifie pas à toutes les doses. Une recherche menée conjointement par OpenAI et le MIT Media Lab, combinant un essai contrôlé sur 1 000 participants pendant quatre semaines et l’analyse de plus de 4 millions de conversations avec ChatGPT, observe l’inverse chez les utilisateurs les plus assidus : plus le temps passé avec le chatbot augmente, plus le niveau de dépendance émotionnelle et de solitude déclarée grimpe aussi.

Cette étude n’a pas encore été relue par les pairs, et ses auteurs le disent eux-mêmes : elle ne permet pas de trancher si l’usage intensif cause la solitude ou si les personnes déjà seules se tournent davantage vers ce type d’échange. Les deux résultats, celui de Harvard et celui d’OpenAI-MIT, ne se contredisent donc pas vraiment. Un usage ponctuel et une conversation personnelle semblent aider, un usage massif et répétitif semble davantage entretenir l’isolement qu’il ne le résout.
Psychose, manie, troubles alimentaires : la vigilance sur les publics vulnérables
Le signal le plus sérieux vient d’une étude danoise publiée dans Acta Psychiatrica Scandinavica, menée par Sidse Godske Olsen, Christian Jon Reinecke-Tellefsen et Søren Dinesen Østergaard. Les chercheurs ont passé au crible près de 54 000 dossiers de patients suivis pour un trouble psychiatrique entre septembre 2022 et juin 2025. Sur 126 dossiers mentionnant un usage de chatbot IA, 38 patients présentaient des signes de conséquences potentiellement néfastes : délires aggravés dans 11 cas, idées suicidaires ou gestes d’automutilation dans 6 cas, trouble alimentaire aggravé dans 5 cas, ainsi que quelques cas de manie.
Les auteurs sont explicites sur la limite de leur méthode : lire des notes médicales ne prouve pas que la technologie a causé l’aggravation des symptômes, les mêmes patients auraient pu se dégrader sans jamais ouvrir de chatbot. Ils précisent aussi que leur travail ne capture qu’une partie du phénomène, puisqu’il ne recense que les cas explicitement notés par un soignant. L’association reste documentée, pas la preuve d’une causalité directe.
Ce signal concerne des personnes déjà suivies pour un trouble psychiatrique sévère, pas l’usage occasionnel d’un chatbot pour une question de sommeil ou de nutrition sportive. Il justifie néanmoins une règle simple : en cas de trouble psychiatrique diagnostiqué, de pensées suicidaires ou de perte de contact avec la réalité, la personne concernée, ou son entourage, doit se tourner vers un médecin traitant, un psychiatre ou un service d’urgence, jamais vers un chatbot comme premier recours.
Ce que ça change concrètement pour vous
Cette cartographie donne un repère plus utile qu’un verdict tranché. Un échange ponctuel avec un chatbot pour se sentir moins seul un soir, ou pour reformuler une question avant de la poser à un professionnel, s’appuie sur un bénéfice mesuré. Une réponse sur un point technique de nutrition ou de performance sportive mérite d’être vérifiée avant d’être suivie : la littérature lui donne près d’une chance sur deux d’être imprécise ou trompeuse sur ce terrain précis.
Un usage qui remplace peu à peu les échanges avec des proches, ou qui concerne une personne déjà suivie pour un trouble de santé mentale, appelle une vigilance supplémentaire, la sienne ou celle de son entourage. Dans tous les cas, une douleur, un symptôme persistant ou une question qui touche à un trouble diagnostiqué relèvent d’un professionnel de santé, pas d’un chatbot, aussi rassurantes que puissent paraître ses réponses.
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