Collagène et os des coureuses : ce que montre, et ne montre pas, une étude pilote

Coureuse en pleine foulée sur un chemin de parc, vue de dos, lumière naturelle

Chez des coureuses d’endurance, un supplément de peptides de collagène pris pendant quatre semaines a fait bouger plusieurs marqueurs sanguins liés à la formation osseuse et à l’inflammation, par rapport à un placebo. C’est le résultat d’une étude pilote publiée en mai 2026 dans la revue Frontiers in Nutrition, menée par la chercheuse Jennifer Fields et son équipe à l’University of Connecticut auprès de 22 coureuses préménopausées. Les auteurs précisent eux-mêmes que ce déplacement de biomarqueurs ne prouve pas, à ce stade, un bénéfice sur la solidité réelle des os.

Le design de l’étude, en bref

Sur ce site, la question de la solidité des os chez les sportives a déjà été creusée à propos de l’ostéoporose ; celle du collagène est un angle nouveau sur un terrain connu. L’essai a porté sur 22 coureuses de 18 à 35 ans ayant terminé le protocole (23 randomisées au départ, une participante s’étant retirée tôt), aux cycles menstruels naturels de 21 à 35 jours et courant au moins 56 kilomètres par semaine, sans antécédent connu de trouble osseux.

Le protocole est un essai contrôlé randomisé en double aveugle : une répartition par blocs a affecté les participantes à un groupe dans un rapport 1 pour 1, un groupe recevant 20 grammes par jour de peptides de collagène dissous dans 500 millilitres d’eau, l’autre une dose isocalorique de maltodextrine, pendant 28 jours, soit environ un cycle menstruel. Une densitométrie osseuse par DXA a eu lieu en tout début de protocole, pour vérifier qu’aucune participante ne présentait déjà une fragilité osseuse particulière : les deux groupes étaient comparables à ce moment-là, sans écart notable sur l’âge, la morphologie ou les indicateurs osseux de départ. Cet examen n’a pas été répété en fin d’étude pour comparer un changement de densité entre les deux groupes : les auteurs expliquent que quatre semaines sont de toute façon trop courtes pour qu’un effet sur la masse osseuse devienne mesurable par ce type d’imagerie. Le détail complet de la méthodologie est consultable sur le site de Frontiers in Nutrition (DOI 10.3389/fnut.2026.1825906).

Ce qui a bougé sur quatre semaines

Le P1NP, un marqueur de la formation osseuse qui reflète la synthèse de collagène de type I, a progressé de 5,1 % dans le groupe collagène (de 441 à 464 ng/mL en moyenne), alors qu’il est resté stable dans le groupe placebo (495 à 488 ng/mL). Dans le même temps, l’IL-6, un marqueur de l’inflammation, a diminué dans le groupe collagène (de 5,72 à 4,53 pg/mL) tandis qu’il augmentait légèrement sous placebo. Le sRANKL, un signal qui pousse les cellules osseuses appelées ostéoclastes à résorber l’os, a lui aussi reculé dans le groupe collagène et progressé dans le groupe placebo.

Ces trois évolutions vont dans le même sens : plus de formation osseuse, moins d’inflammation, moins de signal de résorption. Elles ressortent comme statistiquement significatives sur l’interaction entre le groupe et le temps, avec des valeurs de p comprises entre 0,03 et 0,046 selon le marqueur. L’étude a aussi suivi deux autres marqueurs liés à la résorption osseuse, et le tableau y est moins net. Le CTX-1 n’a montré aucune différence significative entre les deux groupes sur cette interaction groupe-temps. L’ostéoprotégérine, une protéine qui freine normalement l’activité des ostéoclastes, a elle légèrement baissé dans les deux groupes, de façon significative seulement dans le groupe placebo. Pris ensemble, ces résultats dessinent un signal cohérent sur trois marqueurs, mais pas un tableau biologique uniforme sur l’ensemble du panel mesuré.

Ce que l’étude ne permet pas de conclure

Le P1NP et le CTX-1 sont ce que les chercheurs appellent des biomarqueurs de substitution : ils renseignent sur l’activité biologique des cellules osseuses, sans mesurer directement la structure ou la densité de l’os. Un déplacement favorable de ces marqueurs sur quatre semaines ne permet pas d’affirmer que les os deviennent plus denses ou plus résistants aux fractures de fatigue. Les auteurs le disent explicitement dans leurs limites : la fenêtre de l’essai était trop courte pour capter un changement de masse osseuse, et l’étude n’a pas été enregistrée au préalable dans un registre d’essais cliniques. Ils appellent à des essais plus grands, plus longs, et mesurant directement la densité osseuse plutôt que ses marqueurs indirects.

L’étude a été financée par la fondation de la National Strength and Conditioning Association, et les auteurs déclarent l’avoir menée sans relation commerciale ou financière constituant un conflit d’intérêts. Dans le communiqué de l’University of Connecticut qui accompagne la publication, Jennifer Fields souligne que la recherche sur les coureuses préménopausées reste peu développée, alors même qu’elle décrit cette population comme exposée à des risques élevés pour la santé osseuse : un angle qui explique pourquoi cette équipe a choisi ce terrain, pas une mesure chiffrée supplémentaire à retenir de l’étude elle-même.

Ce choix de terrain n’a rien d’arbitraire. Un volume d’entraînement élevé, des apports énergétiques parfois serrés et des cycles menstruels qui peuvent se dérégler font partie des facteurs déjà identifiés comme pouvant fragiliser l’os chez les sportives d’endurance, raison pour laquelle les chercheurs ont choisi de travailler spécifiquement sur ce profil plutôt que sur une population générale. C’est aussi pour cela que l’échantillon a été resserré à des coureuses aux cycles naturels et sans trouble osseux connu au départ : un choix qui isole mieux l’effet du collagène, mais qui limite d’autant la portée des résultats à ce profil précis.

Ce que cela change, concrètement, pour une coureuse

Rien, à ce stade, ne justifie de présenter le collagène comme un supplément recommandé contre les blessures osseuses de stress. Les données ouvrent une piste biologique intéressante ; elles ne valident aucun protocole de prévention. La grille de lecture reste la même que pour les autres compléments déjà passés en revue sur ce site : un biomarqueur prometteur n’équivaut pas à un bénéfice clinique démontré. La santé osseuse des coureuses d’endurance s’ajoute à d’autres zones de vigilance nutritionnelle déjà traitées sur ce site, des besoins en fer aux troubles digestifs propres à l’ultra-endurance, sans qu’aucune ne se résume à l’ajout d’un complément.

Pour une alimentation courante, l’apport en protéines via la nourriture reste le repère de base, et un complément de collagène n’a pas vocation à s’y substituer. Une coureuse ayant déjà reçu un diagnostic de fragilité osseuse, un antécédent de fracture de stress ou des irrégularités menstruelles doit en parler à un médecin ou un diététicien avant d’envisager quoi que ce soit. C’est ce professionnel, et lui seul, qui peut évaluer si un supplément a sa place dans une situation individuelle.

Ce qu’il faut retenir

Sur 22 coureuses et quatre semaines, les marqueurs de formation osseuse et d’inflammation ont évolué dans un sens favorable sous collagène, sans qu’aucune différence de densité osseuse n’ait été mesurée entre les groupes. C’est un signal précoce à l’échelle d’une étude pilote, pas une preuve clinique de protection contre les blessures osseuses, et les chercheurs eux-mêmes attendent des essais plus grands et plus longs avant d’en tirer une conclusion pratique.


Crédit photo : Pixabay.

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